Démarche

Mon travail porte sur les processus d’apprentissage de l’individu face à l’épreuve, par la résilience et la structure des liens affectifs. À partir d’une fascination pour la trame des ikats (un procédé de tissage de la soie), un rapprochement symbolique s’est fait entre le geste du sérigraphe qui tire à lui la raclette d’encre pour imprimer et le tisserand qui tire vers lui le fil de trame du métier à tisser.

 

La résilience est un procédé qui permet de dépasser un traumatisme, notamment grâce à des « tuteurs de développement» ; Boris Cyrulnik ajoute que c’est une « question de tissage de liens significatifs ». Ainsi, du tissage symbolique au tissage textile, ces sérigraphies représentent un processus intime vers la guérison, à travers un engagement physique et émotionnel. Ce voyage dans la matière se réfère également au textile, plus exactement à la structure de la trame et au passage de la lumière entre les fils.

 

Depuis la série sur les tissages, le procédé d’impression est recentré sur l’exploration d’un motif à partir d’un même dessin (typon) pour chaque série de recherche. Au lieu de graver un typon par couleur (comme dans les procédés habituels de sérigraphie), je travaille à partir du même écran gravé pendant plusieurs semaines. Ainsi, chaque monotype est la variante unique d’une matrice commune. Ce principe de répétition exprime une volonté quasi obsessionnelle de donner un sens au geste même de l’impression et à porter attention à l’exacte répartition de l’encre dans la composition : la transparence des passages, la vibration des lignes qui se chevauchent, la disparition de la couleur vers la lumière… 

 

La démarche de ce travail révèle un dépassement de soi dans le geste contraint à la répétition. De même que dans le processus de guérison, c’est le parcours qui est mis en valeur et non uniquement le résultat. 

 

Chacune des séries explore un aspect de la variation et de la décomposition de la lumière. Les motifs des monotypes se répondent entre eux en transportant la lumière et invitent à lâcher prise dans une contemplation poétique et immersive.

 

 1. Boris Cyrulnik in La résilience ou comment renaitre de sa souffrance, Fabert Eds 2009, p.16